Encore une fois nous soulevons un problème que la presse traditionnelle n'a jamais évoqué : La période difficile vécue par les radars depuis la crise sanitaire. Nous avons interrogé Joseph, un radar d'ancienne génération perdu sur une route de l'Allier, entre espoir et désespoir, une confession sincère et bouleversante. 

Janvier 2021 sur une route de l'Allier. Nous arrivons à cheval, on a en effet évité de venir en voiture pour ne pas être flashé par Joseph. Même si on le connaît un tout petit peu et qu'il a l'air sympa, on se méfie car le flashage fait partie de l'instinct du radar. Et Joseph est un radar.

Il est presque trois heures du matin, il fait froid et le brouillard est présent. Nous avons enfin trouvé la trace de Joseph. Il est beau et particulièrement mis en valeur par l'éclairage de la lune qui est pleine (comme la pleine lune, elle est pas enceinte).

Joseph est un radar ancienne génération. De taille imposante, il est le témoignage de toute une technologie aujourd'hui révolue, on l'imagine un peu comme un sumo grimé en maya l'abeille. Une grosse abeille, que l'on voit de loin.

 

2003, la jeunesse et la gnaque

 

Tout se passe en 2003. Joseph fait partie des premiers recrutés pour le métier. Sa mission est simple, il s'agit de contrôler tous les bâtards les usagers de la route qui circulent et qui dépassent les vitesses. Malheureusement, les déceptions se suivent.

Alors qu'il avait demandé la région parisienne, Joseph est installé contre toute attente sur une route départementale entre deux hameaux dans l'Allier. La route est surtout empruntée par des tracteurs, des caddies de supermarchés et des lapins. Le résultat ne se fait pas attendre, Joseph se fait chier :

"Je passe mon temps au même endroit, hiver comme été, jour et nuit pour pas grand chose".

Quand Joseph a commencé dans le métier, il avait la gnaque et il voulait changer le monde. Il était à l'époque le dernier cri de la technologie. Joseph se souvient avec émotion de ses premiers mois d'activité :

"A l'époque, c'est pas que j'avais du travail, mais les gens s'arrêtaient près de moi pour me caresser et faire des selfies. Ils me faisaient des accolades et des bisous, me parlaient et certains s'asseyaient sur moi en buvant un café sorti tout droit d'un thermos et en hiver, ils me versaient le reste dessus pour me réchauffer" se souvient Joseph en faisant crépiter son flash de plaisir.

Depuis les temps ont changé, l'effet de surprise a disparu et plus personne ne s'arrête, excepté un chien ou deux qui aiment bien pisser sur Joseph marquer leur territoire. En plus, Joseph est aujourd'hui dépassé par les jeunes tourelles qui arrivent et qui ont des contrôles multiples. Mais Joseph, philosophe, finit par s'habituer à ce peu d'activité et se considère comme le radar oublié du système.

 

Quand y'a pas de boulot, y'a pas de boulot !

 

"Je vais être bientôt en retraite à la fin de l'année, je souhaite bonne chance au jeune qui va me remplacer... il aura beau être dernier cri, quand y'a pas de boulot, y'a pas de boulot ! Vous verrez, vous finirez par regretter un jour les vieux radars comme moi !".

Enfin, le radar oublié de l'Allier connaîtra une dernière épreuve, celle de la crise sanitaire et son lot de confinement, couvre-feu et de restrictions diverses.

"C'était le bouquet, déjà que je faisais seulement une trentaine de flashs par an, avec le confinement et tout le bazar mon activité s'est réduite des deux-tiers au moins. On parle sans arrêt des restaurateurs, mais pour nous aussi c'est difficile et personne ne le dit. On se désintéresse complètement de nous. Ah vivement la retraite que je me consacre enfin à ma vraie passion !".

"Votre vraie passion ? Quelle est elle ?".

"La photographie animalière. La plupart de mes flashs sont des voitures de police qui dépassent les vitesses et surtout des oiseaux qui n'ont en rien à cirer de ces conneries. Je ne rêve que d'une chose : être installé dans un jardin, dans un coin de nature et faire des photos d'animaux". 

Après une bonne heure de présence, on décide de dire au revoir à Joseph. Il est presque 4 heures du matin et tout le monde s'ennuie ferme, c'est vrai que le trafic est peu visible, il n'y a même pas quelqu'un avec un caddie Lidl, et en plus on commence à se les geler.

Avant de quitter Joseph, nous lui proposons de nous flasher avec le cheval qu'on a loué et qui est capable de dépasser les 80 kmh, et en plus il n'a pas de plaque d'immatriculation. Et puis ce n'est pas n'importe quel cheval, c'est Tornado le cheval de Zorro. Il n'est plus tout jeune mais il est encore rapide.

Tornodo est emballé par l'idée, oui on sait que c'est un cheval mais il est d'accord quand même. On s'éloigne un peu, on prend de l'élan et on y va !

Le flash de Joseph crépite dans la nuit brumeuse. Cette dernière photo sera sans doute magnifique et sera celle qui lancera sa carrière de photographe animalier.